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En Guinée, le pari de la continuité porte un nom : Dansa Kourouma

Dans les périodes post-transition, les nations cherchent souvent des symboles. Des figures capables non seulement d’incarner le changement, mais aussi de lui donner une direction. En Guinée, à mesure que s’approche la mise en place des nouvelles institutions, un nom s’impose dans cette réflexion : celui de Dansa Kourouma.

La question de son accession éventuelle à la présidence de la future Assemblée nationale ne relève plus du simple calcul politique. Elle touche à un débat plus profond sur la nature même de l’après-transition. Quel type de leadership faut-il privilégier lorsqu’un pays tente de refermer une séquence exceptionnelle pour renouer avec une normalité institutionnelle ? L’expérience ou la nouveauté ? La continuité ou la rupture ?

Pour beaucoup d’observateurs, ces termes sont souvent présentés comme incompatibles. Pourtant, la trajectoire de Dansa Kourouma suggère une autre lecture. Lorsque la transition s’est ouverte, la Guinée faisait face à un défi immense : reconstruire la confiance dans les institutions tout en préparant les bases d’un nouvel ordre constitutionnel. À la tête du Conseil national de la transition, Dansa Kourouma a occupé une position singulière. Ni chef de parti traditionnel, ni acteur issu des anciennes configurations de pouvoir, il est apparu comme l’un des visages d’une génération de responsables davantage préoccupés par l’architecture institutionnelle que par les affrontements politiques classiques.

Dans un contexte où les transitions africaines sont souvent jugées à l’aune de leurs promesses inabouties, son passage au CNT aura surtout été marqué par une méthode : privilégier la construction des règles plutôt que la recherche de la lumière. Une attitude qui contraste avec une culture politique où la personnalisation du pouvoir tend souvent à éclipser les institutions elles-mêmes.

C’est précisément ce qui explique aujourd’hui la solidité de sa position. Car l’enjeu du futur Parlement ne sera pas seulement de voter des lois. Il sera d’installer une pratique parlementaire capable de résister aux turbulences politiques inévitables des prochaines années. Il faudra bâtir une institution crédible, respectée et capable d’assumer pleinement ses responsabilités législatives et de contrôle.

Dans ce domaine, l’expérience accumulée par Dansa Kourouma constitue un avantage difficile à ignorer. Ses détracteurs lui reprochent parfois d’appartenir à l’écosystème de la transition. L’argument peut séduire dans une époque où le mot « renouvellement » est devenu une exigence presque automatique. Mais il repose sur une illusion fréquente : celle qui consiste à croire que toute continuité est synonyme de conservation et que toute nouveauté constitue en soi une garantie de progrès.

Les démocraties les plus solides ne se construisent pas contre l’expérience. Elles s’appuient sur elle.

L’histoire regorge de moments où la stabilité d’une transition a dépendu de personnalités capables de faire le lien entre deux séquences politiques. Des responsables suffisamment enracinés dans les réformes engagées pour en assurer le suivi, mais suffisamment ouverts pour accompagner les évolutions qu’exige le suffrage populaire. Dansa Kourouma semble appartenir à cette catégorie. Son parcours dans la société civile constitue également un élément souvent sous-estimé.

Avant d’occuper des fonctions institutionnelles, il s’était forgé une réputation d’homme de dialogue et de concertation. Cette culture du compromis pourrait s’avérer précieuse dans une Assemblée nationale appelée à réunir des sensibilités diverses et parfois concurrentes.

À cet égard, son profil répond à une exigence essentielle des démocraties modernes : faire fonctionner les institutions au-delà des clivages. Dans une Guinée qui aspire à davantage de stabilité et de prévisibilité, cette capacité à rechercher l’équilibre pourrait devenir l’une des qualités les plus recherchées.

La proximité qu’on lui prête avec le pouvoir exécutif est parfois présentée comme un angle de critique. Mais là encore, une lecture plus nuancée s’impose. Une Assemblée forte n’est pas une Assemblée en conflit permanent avec l’exécutif. C’est une institution capable de dialoguer avec lui sans renoncer à son indépendance. L’autorité d’un président de Parlement se mesure moins à sa capacité de provoquer des confrontations qu’à son aptitude à faire respecter le rôle de l’institution qu’il dirige.

Au fond, la candidature de Dansa Kourouma pose une question simple : la Guinée souhaite-t-elle aborder l’après-transition avec un expérimentateur ou avec un bâtisseur ?

Le président du CNT arrive à ce rendez-vous avec un avantage rare : celui d’avoir déjà participé à la conception du cadre institutionnel que la future Assemblée nationale devra faire vivre. Peu de responsables politiques peuvent aujourd’hui revendiquer une telle connaissance des mécanismes en cours de mise en place.

L’élection du prochain président de l’Assemblée nationale sera naturellement un choix politique. Mais elle sera aussi un choix de méthode et de vision. Dans le cas de Dansa Kourouma, elle représenterait la reconnaissance d’une conviction simple : lorsqu’un pays entre dans une nouvelle étape de son histoire, la continuité des institutions peut être une condition du changement lui-même.

Et dans une Guinée en quête d’ancrage démocratique durable, cette continuité pourrait bien constituer l’une des formes les plus exigeantes du progrès.

By Bob Barry

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