L’installation de la première législature de la 5ᵉ République ouvre une nouvelle étape de la vie institutionnelle de la Guinée. Après le temps des réformes institutionnelles, s’ouvre celui de leur mise en œuvre, de leur évaluation et de leurs résultats. Plus qu’un changement de cadre juridique, cette nouvelle séquence appelle une gouvernance fondée sur la responsabilité, la redevabilité et l’engagement citoyen. Cette tribune propose une réflexion sur les conditions nécessaires pour que la 5ᵉ République réponde durablement aux attentes des citoyens, consolide la confiance dans les institutions et serve pleinement l’intérêt général.
L’installation de la première législature de la 5ᵉ République constitue bien davantage que l’aboutissement d’un processus institutionnel. Elle ouvre une nouvelle étape de la vie publique, où la légitimité des institutions ne se mesurera plus à leur seule mise en place, mais à leur capacité à produire des résultats concrets, à répondre aux attentes des citoyens et à renforcer la confiance dans l’action publique. Le temps des réformes institutionnelles cède désormais la place à celui de la responsabilité, de l’évaluation des politiques publiques et de l’efficacité de l’action de l’État.
Toute Constitution fixe un cadre. Elle définit les règles du jeu démocratique, organise les pouvoirs et garantit les libertés fondamentales. Mais, aussi ambitieuse soit-elle, aucune Constitution ne transforme à elle seule une Nation. La qualité des institutions dépend avant tout des femmes et des hommes qui les servent. Par leurs décisions, leur intégrité et leur sens de l’intérêt général, ils donnent vie aux principes qu’elle consacre.
La véritable question n’est donc plus de savoir si la Guinée dispose des institutions prévues par sa Constitution. Elle les possède désormais. L’enjeu est désormais plus exigeant : ces institutions seront-elles en mesure de répondre durablement aux attentes des citoyens, de renforcer la confiance publique et de produire les résultats qui sont attendus d’elles ?
Les Guinéennes et les Guinéens n’attendent pas seulement des lois, des discours ou des cérémonies. Ils attendent des décisions utiles, une administration efficace, une justice crédible, une économie créatrice d’opportunités, des services publics accessibles et une gouvernance exemplaire. C’est à l’aune de ces résultats concrets que sera appréciée la réussite de la 5ᵉ République.
Dans cette nouvelle architecture institutionnelle, le Parlement occupe une place déterminante. Légiférer demeure sa mission première, mais celle-ci ne saurait suffire. Il lui appartient également de contrôler l’action du Gouvernement, d’évaluer les politiques publiques, de veiller à la bonne utilisation des ressources publiques et de contribuer au renforcement de la transparence et de la redevabilité de l’action publique. Ces responsabilités sont essentielles au bon fonctionnement d’un État démocratique et à la consolidation de la confiance des citoyens.
Cette première législature marque également une évolution historique avec l’élection, pour la première fois, de quatre députés représentant les Guinéens établis à l’étranger, dont une députée élue pour l’Europe. Cette représentation reconnaît pleinement la place de la diaspora dans la communauté nationale. Elle rappelle surtout qu’une Nation ne s’arrête pas à ses frontières administratives. Elle se construit aussi grâce à l’engagement de ses citoyens établis à travers le monde, qui contribuent à son développement par leurs compétences, leurs investissements, leurs réseaux et leur attachement à la Guinée.
Mais l’avenir d’une République ne repose jamais exclusivement sur ses institutions. Il dépend tout autant de l’engagement des citoyens, de la vitalité de la société civile et de la capacité de chacun à contribuer, à son niveau, à la construction du bien commun.
Une démocratie solide repose également sur une citoyenneté exigeante. Les institutions peuvent créer un cadre, mais elles ne remplaceront jamais la responsabilité individuelle. Le développement d’un pays ne résulte pas uniquement des décisions de ses gouvernants. Il dépend aussi de la capacité de chaque citoyen à participer, à son niveau, à la construction du bien commun.
Le bâtisseur de la Cité
Être bâtisseur de la Cité, c’est refuser d’être un simple spectateur de la vie publique. C’est reconnaître que chacun porte une part de responsabilité dans le destin collectif. Enseigner, entreprendre, investir, innover, servir, transmettre son savoir, respecter les règles communes ou s’engager dans la vie associative sont autant de façons de contribuer à la construction du bien commun et au développement de la Nation.
La République ne se construit pas uniquement dans les palais des institutions. Elle se construit chaque jour dans les écoles, les entreprises, les collectivités, les associations, les familles et au sein de la diaspora. Les institutions donnent une direction ; les citoyens lui donnent sa force et son élan.
Trois priorités pour le temps de l’action
Première priorité : instaurer une véritable culture de l’évaluation des politiques publiques afin que chaque action de l’État puisse être appréciée au regard de son efficacité et de son impact sur la vie des citoyens. Deuxième priorité : faire de la diaspora un partenaire stratégique permanent du développement national en valorisant davantage ses compétences, son expertise et sa capacité d’investissement. Troisième priorité : promouvoir une gouvernance fondée sur la transparence, la responsabilité, la participation citoyenne et la recherche constante de l’intérêt général.
Ces orientations ne constituent pas un programme politique. Elles expriment une exigence républicaine : celle d’un État responsable, d’institutions crédibles et de citoyens pleinement engagés dans la construction de la Nation.
La 5ᵉ République ouvre une nouvelle page de notre histoire. Son succès ne dépendra pas uniquement de la qualité de ses institutions. Il reposera avant tout sur notre capacité collective à faire vivre une culture de la responsabilité, du mérite, du service et de l’engagement. Une Nation progresse lorsque chacun accepte de devenir, à sa place, un bâtisseur de la Cité.