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Le roman Guinètâ rend hommage à Abdoulaye Mombéya

Premier roman du journaliste Tidiane Diallo publié aux Éditions La Bruyère, Guinètâ s’ouvre comme un monument de papier dédié à son père, Abdoulaye Mombéya, décédé le 10 juillet 2018 à Conakry.

A la fois célébration d’une transmission intime et devoir de mémoire, cette œuvre salue l’héritage d’un fils formé à l’école de la rigueur en même temps qu’elle honore le parcours d’un pionnier de la liberté de la presse en Guinée.

Dès la septième page, le récit s’efface temporairement pour laisser place au cœur. Dans un paragraphe vibrant d’émotion et de solennité, Tidiane Diallo rend un hommage appuyé à son défunt père, Abdoulaye Mombéya, emporté il y a huit ans dans sa demeure de Sangoyah, à Conakry.

À travers cette dédicace brute et ciselée, l’auteur met en avant les sacrifices d’un homme qui n’a pas seulement élevé un fils, mais a patiemment façonné un esprit. En vérité, chez les Diallo de la sous-préfecture de Mombéya à Dalaba, dans le cœur du Fouta-Djalon, l’héritage ne se mesure pas en biens matériels, mais en amour des lettres et en exigence intellectuelle. De grand-père et père en fils, le flambeau des mots s’est transmis comme un absolu.

« Je dédie principalement ce roman à mon cher père, Abdoulaye Mombeya, qui m’a inculqué des valeurs intellectuelles, des principes essentiels », confie l’écrivain, avant de poursuivre : « Il m’a forgé dans l’endurance, m’a encouragé à sacraliser le savoir, à adorer l’intelligence, à cultiver la soif de l’apprentissage, à m’intéresser à l’actualité, à développer ma créativité, à étendre mes réflexions et mes recherches. »

Cette initiation quotidienne était rythmée par un mantra, une boussole que le père aimait répéter au jeune garçon pour lui rappeler que « l’intelligence ne se limite pas à la capacité de stocker des informations, mais elle réside dans la capacité à savoir où les trouver. » Ce n’est que bien plus tard que le romancier découvrira que cette maxime, devenue sa propre règle de vie, était signée d’Albert Einstein.

Un pionnier de l’espace public

Mais l’hommage dépasse largement les frontières de l’intimité familiale. En célébrant Abdoulaye Mombeya, Guinètâ ravive la mémoire d’un grand serviteur de l’espace public national. Et pour cause ? L’homme fut l’un des bâtisseurs passionnés de la presse libre des décennies 1990 et 2000, une époque charnière et complexe pour le pluralisme en Guinée.

Ancien directeur de publication du bimensuel Le Palmarès puis de l’hebdomadaire L’Universel, Abdoulaye Mombéya a mis son audace et sa plume au service du droit à l’information. En filigrane, le livre rappelle ainsi à la jeune génération ce que la liberté d’expression actuelle doit à ces pionniers.

En inscrivant le nom de son père au frontispice de son premier roman, Tidiane accomplit un double rituel. C’est le geste d’un fils guidé par une gratitude infinie, mais c’est aussi l’acte de résistance d’un jeune auteur contre l’usure du temps et l’oubli. Huit ans après le grand départ d’Abdoulaye Mombéya, l’encre de Guinètâ vient sceller la promesse de faire vivre, à travers la littérature, l’esprit d’un homme de convictions.

Par Racine Dieng

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