Depuis quelques jours, des allégations circulent au sujet du ministre Moussa Moïse Sylla. Par souci de clarté, il faut les traiter comme ce qu’elles sont à ce stade, des allégations non vérifiées.
On y lit des accusations de détournement de 40 milliards de francs guinéens, de véhicules de l’État utilisés à des fins personnelles, d’une réunion de cabinet annulée et d’une convocation à la Présidence. Ce sont des faits graves. Et c’est précisément parce qu’ils sont graves, qu’ils exigent un standard de preuve à la hauteur.
Là-dessus, le droit est clair. La charge de la preuve incombe à celui qui allègue. En matière de gestion publique, une somme de 40 milliards laisse nécessairement des traces. Il s’agit de lignes budgétaires, d’ordres de paiement, de virements bancaires, de contrats, de pièces justificatives, de rapports d’audit interne et externe.
Pour des véhicules, il existe des registres d’immatriculation, des titres de propriété, des bordereaux d’affectation et des procès verbaux. Une réunion reportée ne constitue pas, en soi, en droit, un indice de malversation. Une rencontre institutionnelle à la Présidence n’emporte aucune présomption de culpabilité.
Qui veut alerter l’opinion, doit le faire en toute bonne foi. La bonne foi, en droit comme en journalisme, suppose trois choses. Recouper les sources. Donner à la personne visée, la possibilité de répondre. Et verser au débat, des éléments vérifiables par des tiers. À défaut, on quitte le terrain de l’information, pour entrer dans celui de l’insinuation.
Et qui fait un travail d’investigation de qualité journalistique irréprochable, devient l’ami du droit et de la justice. C’est exactement ce type de travail, qui permet de mettre en branle la machine judiciaire de manière utile. Des faits documentés, des documents authentifiés, une chronologie établie, des contradictions levées. Sans cela, les institutions compétentes, inspection, audit, parquet, ne peuvent agir que sur la base de rumeurs. Cela dessert tout le monde. Y compris le droit à l’information du public.
Rappelons un principe fondamental, la présomption d’innocence. M. Sylla, comme tout citoyen et tout détenteur de charge publique, bénéficie de ce droit. Son passé de journaliste, ne le rend ni intouchable, ni coupable par anticipation. La règle est uniforme. S’il existe des faits, qu’ils soient établis. S’il existe des preuves, qu’elles soient produites. S’il existe une infraction, que la justice seule tranche.
La liberté de presse est un pilier de notre démocratie. Elle s’exerce avec responsabilité. Enquêter, c’est documenter. C’est donner au lecteur, les moyens de vérifier. C’est accepter la contradiction. En l’état, le dossier présenté ne contient pas de pièces. Il contient des points d’interrogation. Or, on ne fonde pas une accusation publique, sur des points d’interrogation.
À ceux qui détiennent des éléments, publiez-les. Qu’ils soient authentiques, vérifiables et soumis à l’examen contradictoire. C’est à cette seule condition, que le débat sera sérieux, et que le droit pourra suivre son cours.
Par Alpha A. Diallo