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Ce qui nous construit… (Par Daniel Couriol)

À travers les pages de sa bibliothèque idéale, l’écrivain Daniel Couriol nous invite à une redécouverte sensible de notre rapport au monde et aux livres qui nous façonnent. Pour cela, il convoque les souffles de Romain Gary et de Baudelaire et interroge notre place d’homme face à l’immensité d’une nature dont nous ne sommes qu’un infime fragment. Un plaidoyer pour une prise de conscience écologique où l’émerveillement littéraire se transforme en un impératif de protection de notre planète. 

Lisez !

Chacune, chacun d’entre nous, au moins pour les passionnés de lecture, possède une sorte de bibliothèque idéale, composée de ces livres, romans, recueils de poésie qui nous accompagnent pour la vie. À l’ouverture de l’un d’entre eux, reviennent alors à votre mémoire certains souvenirs liés à l’achat, ou au cadeau que l’on nous a fait. L’on retrouve également cette fébrilité à la lecture de pages qui sont autant d’invitations à un voyage intérieur. Et, parmi ces livres, certains ont, à nos yeux, une densité telle que nous ressentons le besoin de les rendre présents dans des moments clés de notre vie.

Ainsi, ai-je toujours été profondément touché à la lecture de La Promesse de l’aube de Romain Gary. Les dernières lignes de ce roman autobiographique ou de cette autobiographie romancée sont un appel à l’humanité et au rapport entre l’homme et la nature. Je les cite : « Je vais essayer de demeurer là encore un moment, à écouter, parce que j’ai toujours l’impression que je suis sur le point de comprendre ce que l’océan me dit. Je ferme les yeux, je souris et j’écoute. Il me reste encore de ces curiosités. Plus le rivage est désert et plus il me paraît toujours peuplé. Les phoques se sont tus sur les rochers, et je reste là, les yeux fermés, en souriant. Et je m’imagine que l’un d’eux va s’approcher tout doucement de moi et que je vais soudain sentir contre ma joue ou dans le creux de l’épaule un museau affectueux. J’ai vécu. »

Devant cette interrogation immense qu’est un océan, arrivons-nous à saisir ce qu’il nous dit afin de percer son mystère, résoudre son énigme ? Plutôt qu’une énigme, ne faudrait-il pas y voir, tout comme Jean Cocteau à propos du Sphinx, une réponse ? Devant l’immensité et la force de la nature que nous pouvons éprouver face à un océan ou bien en haute montagne, ou dans le désert, nous vivons une sorte de rite initiatique où l’homme revient à sa juste place comme un élément minuscule de l’univers.

À nous de faire vivre ce que Baudelaire pensait du rapport de Victor Hugo à la nature : « Entre bien dans mes yeux pour que je me souvienne de toi. » Voilà donc un singulier rappel alors que notre « planète brûle et que nous regardons ailleurs ».

Notre défi collectif de demain est de convertir le regard de nos concitoyens, de voir en la nature non pas un élément extérieur, mais une partie de nous-mêmes. Pour que d’autres écrivains et chaque personne ici-bas puissent dire un jour : j’ai vécu — et d’un seul regard saisissent la fragilité et le mystère de ce qui nous entoure. Soyons responsables, agissons si tant est qu’il soit encore temps… Mais ne l’ai-je pas écrit un jour : Mieux vaut tard que jamais !

Par Daniel Couriol,
expert-consultant en développement culturel,
ancien Directeur du Centre culturel franco-guinéen,
écrivain.

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