Pourquoi la classe politique actuelle semble-t-elle avoir rompu avec la culture au profit du slogan et de l’immédiateté ? À travers l’héritage centenaire de Georges Clemenceau et les figures de grands bâtisseurs comme Senghor ou Mandela, Daniel Couriol interroge l’urgence de retrouver l’élévation morale et le goût du savoir pour sauver nos démocraties en crise.
Bonne lecture !
Il y a cent ans, en 1926, Georges Clémenceau qui avait conduit la France à la victoire lors du Premier conflit mondial, publiait une biographie sur Démosthène. Cette biographie constituait en réalité un véritable testament politique. Pourquoi convoquer un tel anniversaire ? Peut-être parce qu’Athènes fut en 2018 la ville qui allait succéder à Conakry comme Capitale mondiale du Livre. Mais pas seulement.
Dans son livre, Clémenceau nous propose une clé qui fait toujours sens, quel que soit le pays pour lequel nous ressentons un lien particulier. Il y fait l’éloge de cette haute figure de l’Antiquité comme un exemple d’homme politique, que beaucoup d’historiens considèrent comme ayant été le plus grand orateur de tous les temps.
Il rappelle dans ce livre ce que l’on pourrait appeler le socle qui devrait être présent dans toute démocratie digne de ce nom : la liberté du peuple et l’élévation morale et intellectuelle de la classe politique. Il dessine un paysage ‘‘idéal’’ : un peuple éclairé, et cette classe politique ayant le sens du service de l’autre et du bien commun. Clémenceau avait, d’autre part, un rapport à l’art et à la culture qui expliquait d’une certaine manière son talent d’écrivain.
Son amitié avec le peintre Claude Monet a traversé l’histoire. Clémenceau incarne donc une lignée de grands hommes ayant exercé les plus hautes fonctions, dont la culture a contribué à ce qu’ils façonnent non seulement la vie politique de leur propre pays mais aussi celle du monde dont nous avons hérité.
Je peux ici évoquer Léopold Sédar Senghor, immense poète et chef d’Etat, son condisciple à l’Ecole Normale Supérieure Georges Pompidou écrivain, Churchill, Prix Nobel de Littérature en 1953, Nehru et son écrit essentiel sur la Découverte de l’Inde, ou bien encore Nelson Mandéla qui sut mettre des mots pour permettre à l’Afrique du Sud de trouver le chemin de la résilience et de la réconciliation…
Or, la déculturation d’une majeure partie de la classe politique est aujourd’hui l’un des éléments d’explication de la situation sans précédent à laquelle nous assistons. La communication a remplacé la culture, le slogan réducteur nous a conduit à l’atrophie de la pensée, l’immédiateté a remplacé la perspective, l’insulte a pris le pas sur la profondeur d’un débat. Nous en sommes à une crise politique, éthique, démocratique à l’échelle mondiale inédite.
Georges Clémenceau, toujours lui, l’indiquait il y a plus de cent ans : ‘‘ Le besoin de connaître et de sentir aussi impérieux que la faim se confond avec le besoin d’être’’. Au XXIème siècle, avons-nous toujours soif et faim de Liberté? Si oui, alors retrouvons le goût de l’effort et par là même celui du savoir.
Ne mettons pas toutes les responsabilités sur : ‘‘ ceux d’en haut ’’… Ne nous laissons pas divertir par le trop de tout et redécouvrons l’essentiel de notre condition humaine qui ne peut pas être condamnée à toujours subir. Et peut-être ainsi mériterons nous une autre classe politique…
Par Daniel Couriol