À Banjul, le sommet mondial de Tabital Pulaaku a couronné l’unanimité en voyant le Sierra-Léonais Alhaji Amadu Juldeh Sowe, porté par 34 pays, prendre les rênes de l’organisation faîtière de la culture peule.
Reportage.
Trente-quatre pays, trente-quatre voix, trois jours d’assemblée solennelle, un seul candidat et un plébiscite incontestable. Au terme d’un marathon institutionnel sans fausse note orchestré au Kairaba Beach Hotel, l’homme d’affaires et philanthrope sierra-léonais Alhaji Amadu Juldeh Sowe prend les rênes de Tabital Pulaaku International, porté à l’unanimité par ses pairs.
Pour mesurer la portée de cet événement qui transforme Banjul en capitale mondiale de la culture peule du 25 au 27 septembre 2026, il faut quitter un instant les moquettes feutrées du présidium et plonger dans la rumeur de la Pipeline Road.
Ce dimanche 27 septembre au matin, la chaleur moite de Senegambia commence à peine à monter. À la gargote de Fatumata Jalloh, installée au bord de la grande artère reliant l’aéroport international de Banjul à la zone touristique de Kololi, une cohorte de cinq journalistes fait escale, fraîchement débarqués de Guinée.
La tenancière les accueille d’un chaleureux mot de bienvenue en wolof, puis tente le jola, avant d’ajuster immédiatement son tir en devinant la provenance de ses hôtes. Foulard rose noué sans artifice, boubou blanc rehaussé de motifs rouges, cette native de Banjul incarne une Gambie atten-tive, chaleureuse et connectée.
« On djbaama, mes frères ! Vous venez de Mauritanie ou du Ni-geria ?», s’enquiert-elle avec un sourire généreux. Apprenant leur origine guinéenne, elle s’empresse de servir le petit-déjeuner. Sur le comptoir de bois, le tapalapa, consistant et réconfortant pain traditionnel, se garnit de nyebbeh, un ragoût de haricots tendres et savoureusement épicés.
Entre deux clients, Fatoumata ne quitte pas son téléphone des yeux. Comme tant d’autres riverains de Kololi, c’est à travers les flux d’Africaguinee, de Wuro TV, Kumpital, BTA ou du journal Le Populaire qu’elle suit en direct les travaux de la grande organisation faîtière, dont les échos parviennent jusqu’à sa table.
Pendant que la rue vibre de cette fierté populaire, l’enceinte de l’hôtel Kairaba affiche la rigueur des sommets internationaux. Dès le vendredi 25 septembre, l’arrivée continue des délégués venus des quatre coins du globe donne la mesure de l’enjeu. La journée du samedi 26 s’ouvre sous les auspices de la haute diplomatie.
Un happy end à Banjul
Dans la foulée d’un intermède culturel éclatant, l’Assemblée générale extraordinaire s’attelle sans désemparer à la révision des statuts et du règlement intérieur, posant les jalons d’une gouvernance moderne et inclusive, désormais grandement ouverte aux femmes et à la jeunesse.
Ce dimanche 27 septembre, après l’examen des nouvelles adhésions et les témoignages poignants de figures d’autorité comme le professeur Fary Silate Ka ou le général Ila Cissé, le climax électoral scelle l’unité de la communauté. Succédant à l’Émir de Kano, Sanusi Lamido Sanusi, Alhaji Amadu Juldeh Sowe est acclamé Lamido mondial sans l’ombre d’une opposition par l’ensemble des trente-quatre sections nationales.
Au-delà des scrutins et de la mise en place du bureau, les débats résonnent d’une exigeante quête de vérité. Face aux projecteurs de la presse et au parterre des congressistes, le Dr Aboubakar Giire imprime sa marque. En délégué déterminé venu du Nigeria, il martèle avec une fermeté saluée l’urgence de se conformer à « l’éthique » de Tabital Pulaaku international et « au respect sacré des textes ».
Loin d’une simple formule de circonstance, cette exigence de droiture insuffle tout son sens au Laawol Pulaaku. Ce « précieux code d’honneur hérité des anciens, qui élève l’honnêteté en dogme, proscrit le mensonge et rejette sans concession l’injustice sous toutes ses formes », explique Usman Djètè Jalloh du Ghana.
Une philosophie que relaye sur le terrain Djima Adamou, directeur exécutif de l’ONG EPaD-Bénin et figure de proue de la société civile engagée « dans la médiation pastorale », « la préservation des traditions doit impérativement cheminer de pair avec la cohabitation pacifique et le développement. »
Pour Maimunah Alieu Baldeh, de la délégation gambienne, l’émotion affleure à la clôture des travaux. Un sentiment partagé par le représentant de la Tanzanie et de l’Afrique de l’Est de Tabital Pulaaku, M. Buba. Ainsi que par la journaliste Fatima Sowe. Tous réaffirment à l’unisson un impératif vital, à savoir « l’unité sacrée par la sauvegarde du pular, véritable âme du peuple peul ».
L’élection à peine officialisée, le nouveau président Sowe réserve sa toute première démarche au chef de l’État de la nation hôte.

Accompagné d’une importante délégation d’officiels, il franchit les portes du palais présidentiel pour une audience solennelle avec le président Adama Barrow, scellant d’emblée son mandat sous le sceau de la cohésion sociale et de la concorde continentale. Sous l’objectif des caméras et la bousculade des directs diffusés par les acteurs majeurs des réseaux sociaux, notamment Sow Blog, T-Brown, Suleyman Jalloh , l’influenceur Iwdi Ko Awdi de Sierra Leone, Tidiane La Puissance des les États-Unis, Mariama Jallow de Taranga FM en Pulaar de Gambie et sa chaîne YouTube Mariama Jallow – Media, Aisha Bâ d’Olel TV, Bolly d’Afrika Pulaar TV, Kanny Buruwal de Kanny TV Bruxelles, DJ Madiou du Mali, Omar A. Diallo d’Awdi TV et Diao Diallo, entre autres, aux côtés des équipes de reporters de Radio Tethiane, de Tarana FM ainsi que de Korka’s Média, qui produit et distribue des flux en direct libres de droits, la rencontre fait instantanément le tour du monde, portant l’écho de cet accord bien au-delà des frontières de la sous-région.
Le retour triomphal d’Alhaji Amadu Juldeh Sowe dans sa patrie sierra-léonaise est calé pour le samedi 3 octobre 2026. L’Auditorium de l’Hôtel de Ville de Freetown règle déjà les derniers détails d’une réception grandiose où dignitaires, sympathisants et leaders communautaires s’apprêtent à célébrer ce qui s’annonce déjà, depuis Banjul, comme un tournant décisif pour la diplomatie culturelle.
Par Alpha A. Diallo, envoyé spécial