Au terme d’un entretien exclusif qu’elle m’a accordé ces jours-ci, la grande voix de la scène musicale guinéenne tradi-moderne, Oumou Dioubaté, surnommée la Dame chic-choc et créatrice du mythique album Femme d’Afrique, a retracé avec une grande fidélité les étapes marquantes de sa carrière, depuis ses débuts au Burkina Faso jusqu’à son retour en Guinée, la terre de ses aïeux.
D’un ton doux et mesuré, la cantatrice a d’abord rappelé ses racines au micro de notre reporter, soulignant son appartenance à une illustre lignée de griots : « Je suis venue au monde au cœur de la musique avant même de devenir artiste », confie-t-elle.
Évoquant ses premiers pas en Haute-Volta (aujourd’hui le Burkina Faso), l’interprète de l’hymne international Femme d’Afrique se remémore cette période charnière avec émotion : « Dès l’âge de 12 ans, j’accompagnais ma mère Gnamakoro Kanté dans les chœurs. C’était une grande voix de son époque ; elle avait su s’imposer par son art et jouissait d’une immense affection auprès du public burkinabè ».
Puis survient le drame. Orpheline de mère à 14 ans, la jeune fille trouve auprès du peuple burkinabè un soutien indéfectible, qu’elle évoque en ces termes : « On m’a tendu les bras. Les gens ont estimé que je devais reprendre le flambeau de ma mère. C’est le défi que j’ai relevé. Lors de mes premières prestations, on me hissait sur les tables pour que je puisse chanter ; nous étions alors en 1974, sous le gouvernement de Gérard Kango Ouédraogo. » L’homme d’État, acteur clé de l’indépendance de la Haute-Volta, fut Premier ministre de 1971 à 1974 puis président de l’Assemblée nationale de 1978 à 1980.
À la suite de ce deuil, son père décide de regagner la Guinée et de s’installer à Kankan. Là, elle intègre la formation Les Messagers de Kankan, avant de rejoindre plus tard l’Ensemble instrumental national à Conakry.
« Au début des années 1980, j’ai épousé le chef d’orchestre qui m’a conduite à la capitale. En 1982, il a fondé Les Messagers de Conakry. Notre formation comptait initialement quatre interprètes, rapidement rejoints par deux autres voix. Ce groupe était parrainé par Mesdames Hélène Sylla et Christiane Doherty. J’y étais la seule présence féminine », précise-t-elle.
Ce compagnonnage artistique s’avérera déterminant : « Lors du gala La Nuit des Étoiles au Palais du Peuple, Mme Christiane est intervenue pour que l’on me cède le micro. C’est ainsi que j’ai interprété le titre Mandjan. Ma prestation a suscité un enthousiasme débordant et une ovation prolongée de l’assistance. Cet accueil triomphal m’a ouvert les portes des studios parisiens, grâce à l’appui de Mme Christiane ».
La cantatrice conclut son récit sur ce tournant décisif : « Cet enregistrement réalisé en France a rencontré un succès retentissant à l’échelle internationale. C’est ce tremplin qui a établi ma notoriété et ouvert la voie à l’album Femme d’Afrique, une œuvre qui a résonné auprès des femmes du monde entier et dont l’écho demeure intact aujourd’hui ».
Réalisé par Léon Kolié