ActualitésAfriqueArt & CultureConakryGuineeSociéte

Suite au décès du manager Dessailly, le « haro » de Sita Camara sur le secteur culturel guinéen

Il est mort. « Big Dessailly » n’est plus. Paix à son âme. À ses obsèques, on a vu tout le monde : famille, amis, artistes, autorités. Des hommages pleuvaient. Les caméras tournaient. Les témoignages s’enchaînaient. Chacun, vêtu de son joli « bazin ». On glorifiait sa générosité. Sa simplicité. Sa bonté. Mais trop tard. Parce qu’il fallait qu’il meure pour qu’on se souvienne de sa valeur.

Combien de « Big Dessailly » ont connu le silence pendant qu’ils étaient encore là ? Combien d’artistes, de proches, de collègues, de voisins vivent l’indifférence générale jusqu’à ce que la mort leur ouvre les yeux ? Notre société s’incline volontiers devant les cercueils, mais détourne les yeux des vivants. On aime pleurer en public, mais on oublie de soutenir en silence.

Les hommages posthumes sont devenus notre nouvelle religion. On partage les photos d’hier. On écrit des textes émouvants. On s’invente des souvenirs d’amitié. Mais où étions-nous quand il fallait simplement être présents ? Où était cette foule quand « Big Dessailly » luttait, doutait, suffoquait ?

La vérité blesse : nous ne célébrons plus les hommes. Nous célébrons leurs absences. Tant qu’ils respirent, ils dérangent ; une fois partis, ils inspirent.

On dira un jour, après qu’ils seront partis : Ah, Bilia était bien ! Macka était remarquable. Ah ! Benedi était béni ou Orbilove était notre love, Lamine était une mine… Mais de leur vivant, on les juge ; on les combat. Une fois morts, on les magnifie. C’est ça, le monde perfide.

Alors, oui, Dessailly est mort. Campel est mort. Marco aussi, Amani, Big Dré, Abdoul Jabbar sont tous morts. Mais la vraie question n’est pas « qui sera le suivant ? » — c’est plutôt : qui aura droit à notre reconnaissance avant qu’il ne soit trop tard ?

Édito, par Sita

Related posts

Les Jeux Olympiques de Paris : le championnat de la russophobie

Diallo Tidian

Nous arrivons à la fin de l’année sans référendum

Diallo Tidian

L’acte d’héroïsme d’un Guinéen aux États-Unis sauve une mère et sa fille.

Diallo Tidian