Sollicité en 2010 par le cinéaste Moussa Kémo Diakité afin d’élaborer la politique culturelle de l’UFR, une vision exposée à l’époque sur les antennes de Nostalgie Guinée, le consultant sportif et critique culturelle Thierno Saïdou Diakité livre une méditation poignante sur la disparition de Sidya Touré. À travers le filtre d’un témoignage récent, il retrace l’amertume et le destin inachevé de l’ancien Premier ministre.
Bonne lecture !
« Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. » — Jean d’Ormesson. La disparition de l’ancien Premier ministre Sidya Touré, survenue en exil le 25 septembre 2026 des suites de maladie à Paris, a provoqué un florilège de réactions de la part de proches, sympathisants, militants, autorités et citoyens anonymes.
Dans cette vague de compassion rendant un vibrant hommage au défunt, j’ai été particulièrement touché par le témoignage de Mme Nadia Nahman Barry, qui l’avait rencontré pour la dernière fois à Abidjan, capitale de la Côte d’Ivoire, au mois de février 2026.
À l’annonce de son décès, elle a évoqué des bribes de cette visite qui s’était prolongée en une longue conversation, d’où ressort un profond sentiment de dépit et de remords de la part de son interlocuteur.
Avec force détails, Mme Barry a dépeint l’état d’esprit de l’ex-Premier ministre, suscitant une vive compassion pour ce qu’il aura subi et enduré en Guinée. Pour s’en convaincre, il suffit de lire des extraits de son témoignage révélateur : « …Ce qui devait être un simple échange courtois s’est transformé en une longue conversation, de celles qui marquent durablement. Il m’a raconté sa sortie clandestine de Guinée, sous le régime de Sékou Touré. Un épisode qui, je le comprends aujourd’hui, avait scellé chez lui une aversion viscérale pour toute forme de dictature, quelle qu’en soit la couleur ou l’époque. On ne sort pas indemne d’une fuite dans la nuit pour échapper à la terreur d’un pouvoir absolu ; on en garde toute sa vie une vigilance farouche.
Je garde de cet après-midi le souvenir d’un homme à l’humour caustique, au verbe corrosif, qui maniait l’ironie comme une arme et la lucidité comme un refuge. Rien ne semblait lui échapper, et rien ne trouvait grâce à ses yeux dès lors qu’il s’agissait de ceux qui, aujourd’hui, dirigent la Guinée.
Je lui avais demandé, un jour, s’il envisageait d’écrire ses mémoires, lui, témoin vivant de tant d’épisodes de la vie politique guinéenne. Il avait détourné le regard et m’avait répondu avec une sobriété qui en disait long que cela ne l’intéressait pas, que l’envie n’y était plus. Je crois n’avoir jamais autant regretté une réponse. Comme si, à ce moment précis, il avait déjà fait le deuil de raconter, préférant garder pour lui seul le poids de ce qu’il avait vécu et espéré pour son pays… »
Sidya Touré s’en est ainsi allé sans avoir pu réaliser son ambition d’accéder à la magistrature suprême de la Guinée. En dépit de cet échec personnel, il aura rendu d’innombrables services au pays, à un moment où tous les clignotants étaient au rouge vif.
Par Thierno Saïdou Diakité,
banquier, formateur, consultant sportif et chroniqueur culturel.