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Football guinéen : Bâtissons le pacte 2032, du talent individuel à l’excellence collective

TRIBUNE LIBRE — PAR DAOUDA CONTÉ

Nouveau président à la FEGUIFOOT, sacre historique des U20 et ambition d’organiser une CAN : le football guinéen traverse un moment charnière. Pour transformer cet élan en progrès durable, une proposition mérite d’être débattue : un « Pacte Football 2032 », fondé sur des engagements concrets, des objectifs mesurables et une évaluation publique.

La Guinée saura-t-elle enfin transformer ses talents individuels en excellence collective durable ? La question s’impose alors que l’élection d’un nouveau président à la tête de la Fédération Guinéenne de Football, le sacre de nos U20 au tournoi UFOA-A et la perspective d’une prochaine Coupe d’Afrique des Nations ravivent l’espoir d’un renouveau.

Car notre pays n’a jamais manqué de talents. Il a trop souvent manqué d’un système performant, stable et capable d’assurer la relève.

Une gouvernance qui dépasse les hommes

L’élection de Mamady Doumbouya à la présidence de la FEGUIFOOT, le 27 octobre 2026, ouvre une nouvelle séquence. Je lui adresse, ainsi qu’aux membres de son Comité exécutif, mes félicitations, avec le souhait que ce mandat réponde aux attentes des acteurs sportifs et des supporters.

Mais un changement de dirigeants ne suffira pas à résoudre les difficultés structurelles. L’enjeu est de bâtir des institutions solides, de professionnaliser la gestion des compétitions, de garantir la transparence des ressources et d’associer tous les acteurs aux choix stratégiques. Des mécanismes indépendants d’éthique, de contrôle financier et d’évaluation des projets sportifs constitueraient un signal fort. Une gouvernance se juge à ses résultats et à l’héritage qu’elle laisse.

Les U20 : une victoire, mais surtout un enseignement

Le 30 octobre 2026, à Bamako, le Syli National U20 a battu la Gambie (1-0) en finale du tournoi UFOA-A, décrochant son premier titre dans cette compétition et confirmant sa qualification pour la CAN U20 2027. Bravo aux joueurs, au sélectionneur Mohamed Lamine Sylla et à tout l’encadrement. Le football scolaire confirme cette dynamique : le Syli scolaire U18 est devenu vice-champion du monde à Suzhou, en Chine, après avoir éliminé l’Allemagne (3-1) en demi-finale, puis s’être incliné face à la Croatie aux tirs au but en finale, le 25 octobre. À Bakou, en Azerbaïdjan, les U15 scolaires ont terminé sixièmes au niveau mondial et premiers parmi les équipes africaines. Ces résultats plaident pour une véritable politique nationale du sport scolaire. Le retour du Horoya AC sur la scène continentale témoigne également du potentiel de nos clubs.

Mais combien de jeunes prometteurs avons-nous vus disparaître des radars après une compétition internationale ? Le véritable succès d’une génération ne tient pas seulement au trophée qu’elle soulève, mais au système qu’elle fait progresser. Il faut passer de la logique des exploits ponctuels à celle de la continuité.

Former, puis professionnaliser

Le football durable naît dans les écoles, les quartiers, les clubs amateurs et les académies, de Conakry à N’Zérékoré, de Labé à Kankan. Cela suppose un programme national de détection, une formation renforcée des éducateurs et une meilleure articulation entre académies, clubs et sélections. La relance du sport scolaire et universitaire, avec des compétitions régulières et des infrastructures accessibles, doit en être un pilier. Les académies, elles, doivent être reconnues et accompagnées dans un cadre exigeant : qualité de l’encadrement, scolarisation, santé et protection des jeunes joueurs.

Aucune grande nation de football ne progresse sans clubs structurés et compétitions crédibles. La professionnalisation du championnat doit devenir une priorité : régularité du calendrier, infrastructures adaptées, valorisation médiatique, diversification des ressources. Des critères de licence renforcés, intégrant solvabilité, transparence comptable et paiement régulier des salaires, sécuriseraient l’environnement sportif et rassureraient les investisseurs privés. Le football féminin et les catégories de jeunes doivent bénéficier de la même ambition. Notre championnat ne peut plus être une simple étape dans la carrière des joueurs : il doit devenir un espace de formation, d’emploi et de création de valeur.

La CAN : ambition et réalisme

La candidature de la Guinée aux CAN 2032 et 2036 est une perspective majeure. Mais le retrait de l’organisation de la CAN 2025 nous impose de conjuguer ambition et réalisme. Accueillir une CAN, c’est bien davantage que disposer de stades modernes : il faut des infrastructures de transport, des capacités hôtelières, des services sanitaires, des dispositifs de sécurité et une organisation administrative aux standards internationaux.

Surtout, il ne s’agit pas d’une opération de prestige. L’enjeu est de laisser, pendant plusieurs décennies, des équipements et des compétences utiles à nos clubs, à nos jeunes, à nos collectivités et à notre économie.

La diaspora, partenaire stratégique

En Europe, en Afrique et ailleurs, de nombreux Guinéens interviennent dans la formation, l’encadrement technique, le recrutement, la médecine sportive et la gestion d’organisations footballistiques. Ces compétences doivent être mieux mobilisées, à travers des échanges techniques, la formation d’éducateurs, des partenariats entre académies et un accompagnement responsable des jeunes talents. Il ne s’agit pas seulement de faciliter les départs, mais d’organiser le transfert de savoir-faire vers nos structures locales.

Pour un Pacte Football 2032

Je propose au débat public l’élaboration d’un Pacte national de développement du football guinéen à l’horizon 2032, associant l’État, la FEGUIFOOT, les clubs, les académies, les établissements scolaires, les collectivités, les partenaires économiques et la diaspora. Il reposerait sur six priorités

1. Une gouvernance transparente et responsable ;

2. Une politique nationale de formation et de détection ;

3. Un programme cohérent d’infrastructures ;

4. La professionnalisation économique des clubs ;

5. Le développement du football féminin et la protection des jeunes ;

6. .Une coopération internationale structurée.

Son originalité tiendrait moins à ses ambitions qu’à leur traduction concrète : objectifs mesurables, calendrier précis, responsabilités identifiées, financements réalistes et évaluation publique des résultats. Il ne s’agirait pas de créer une institution de plus, mais de mobiliser les structures existantes autour d’une vision partagée. Pour lancer la démarche, des assises nationales du football pourraient être organisées dès 2027.

L’heure de la responsabilité collective

Le football reste l’une des rares passions capables de rassembler les Guinéens, par-delà les générations et les sensibilités. Cette force doit être accompagnée d’une ambition à sa mesure. La Guinée ne doit plus seulement être une terre de talents : elle doit devenir une terre de formation, d’organisation et d’excellence collective.

Notre véritable ambition n’est pas seulement de gagner le prochain match, mais de bâtir un football capable de gagner durablement, de former sa jeunesse et de faire rayonner la nation.

Daouda CONTÉ
Observateur des politiques publiques, analyste socio-politique et acteur de la coopération internationale
Lille, le mardi 3 novembre 2026

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