Alors que la Guinée réaffirme sa place sur l’échiquier continental, un secteur longtemps resté dans l’informel connaît une mue spectaculaire : la culture. Au cœur de cette transformation, le Fonds de Développement des Arts et de la Culture (FODAC), sous la tutelle du Ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, est devenu en quelques années un modèle de gouvernance institutionnelle. À sa tête, Malik Kébé insuffle une vision où l’art n’est plus un simple divertissement, mais un levier de croissance économique et de cohésion nationale.
I. La Fin de l’Improvisation : Une Révolution Managériale
L’ère Malik Kébé marque la fin du pilotage à vue. Pour l’analyste, le changement majeur réside dans la méthodologie de gestion.
• Le Plan Stratégique Quinquennal : Sous l’impulsion de sa direction, le FODAC s’est doté d’une feuille de route claire. Ce n’est plus une gestion au jour le jour, mais une vision à long terme qui rassure les partenaires techniques et financiers.
• La Rigueur du Cofinancement : L’introduction de la règle des 30% est une révolution. En exigeant que le porteur de projet mobilise une partie des ressources, le FODAC transforme l’artiste en un véritable entrepreneur responsable.
• La Décentralisation de l’Appui : Le FODAC multiplie les ateliers de vulgarisation dans les quatre régions naturelles. L’objectif est de dénicher le génie guinéen là où il se trouve, des teinturières de Kindia aux conteurs du Fouta.
« Nous avons trouvé une institution qui avait besoin d’un cadre formel. Mon rôle est de garantir que chaque franc investi par l’État guinéen produise un impact mesurable. La transparence n’est pas une option, c’est une exigence de notre mission. » — Malik Kébé
II. L’Innovation comme Vecteur de Rayonnement
L’innovation au FODAC touche à la structure même de la promotion culturelle, intégrant les outils de la modernité :
• La Plateforme Numérique : Le dépôt dématérialisé des dossiers assure une traçabilité totale et élimine les barrières bureaucratiques, garantissant une égalité des chances inédite.
• Le FFACMO (Fonds Fiduciaire d’Aide à la Création et à la Mobilité des Œuvres) : Ce levier permet d’exporter le génie guinéen. Grâce à lui, nos troupes et cinéastes participent aux grandes biennales mondiales, renforçant notre soft power.
• L’inclusion de la Diaspora : Perçus comme des partenaires stratégiques, les Guinéens de l’étranger apportent désormais leur expertise technologique et leurs réseaux pour internationaliser nos œuvres.
III. Le « Statut de l’Artiste » : De la Précarité à la Dignité
Le FODAC ne se contente pas de financer, il structure. Le travail acharné sur le Statut de l’Artiste permet enfin de protéger juridiquement les créateurs et de capter la valeur via la taxe sur la copie privée. Cette réforme apporte :
• Une Protection Sociale : L’accès à une couverture maladie et à une prévoyance retraite pour les créateurs.
• Une Autonomie Financière : La redistribution des redevances liées au numérique pour compenser le piratage.
La voix des bénéficiaires témoigne de ce changement : « Aujourd’hui, les artistes commencent à vivre en Guinée comme de vraies stars. On ose poser des projets ambitieux parce qu’on sait qu’il y a une institution sérieuse derrière nous pour nous accompagner », affirmait l’artiste Azaya en juin 2025. Le soutien apporté à Sékou Bembeya (« Diamond Finger ») illustre également cette volonté de lier modernité et respect sacré du patrimoine.
IV. Vers une Consolidation de la Confiance : Les Défis de l’Inclusivité
Bien que le bilan soit positif, le succès suscite des attentes immenses. Pour répondre aux voix qui s’élèvent contre d’éventuels risques d’affinités, nous préconisons trois axes pour une efficacité accrue :
1. L’Audit Citoyen : Sanctuariser l’impartialité par des jurys de sélection indépendants issus de la société civile.
2. La Cartographie Publique : Publier les financements par région pour démontrer la diversité géographique de l’appui de l’État.
3. Le Mentorat de Proximité : Accompagner les talents des zones rurales dans la structuration de leurs dossiers pour que seul le mérite prévale.
V. Une Vision Humaniste et Économique : « Plus que la Bauxite »
En tant qu’analyste, je vois dans cette politique une véritable stratégie de souveraineté. La culture est la seule ressource qui ne s’épuise pas avec l’extraction.
« La culture pourrait rapporter à la Guinée plus que la bauxite. La bauxite disparaîtra tôt ou tard, alors que notre culture est éternelle. À travers le FODAC, nous voulons en faire une source de fierté et de richesse nationale », rappelle souvent Malik Kébé.
En finançant le textile traditionnel (Lépi, Forêt Sacrée) et les industries créatives, le FODAC protège l’âme de la nation tout en créant des milliers d’emplois pour une jeunesse qui trouve enfin dans l’art un métier respectable et rémunérateur.
Conclusion : Un Héritage pour le Futur
Le FODAC, sous la direction rigoureuse de Malik Kébé et la tutelle éclairée du Ministère, prouve qu’avec une vision managériale ferme et une écoute réelle du terrain, la culture peut devenir le cœur battant d’une nation émergente. Pour nous, citoyens et analystes, c’est le signal que la Guinée ne se contente plus de contempler son passé glorieux : elle finance, avec méthode et passion, son futur.
Par Daouda Conté Entrepreneur Culturel et Analyste socio-politique