Connaissances et Savoirs, septembre 2025, 303 pages.
Sous un titre qui sent l’uniforme et les états-majors, Cyberspace et terrorisme au Cameroun pourrait sembler réservé aux spécialistes de la sécurité. Erreur de casting. Car le terrorisme numérique que l’auteur décrit concerne tout le monde : L’Etat, certes, mais aussi le citoyen ordinaire, désormais exposé à une menace qui ne frappe plus seulement sur le terrain, mais derrière les écrans.
Officier des Forces de défense camerounaises et docteur en sciences politiques, le lieutenant-colonel Nkoa Jean-Christophe n’écrit pas depuis une tour d’ivoire. Avec Cyberspace et terrorisme au Cameroun (Connaissances et Savoirs, septembre 2025), son premier essai, il parle depuis un point d’observation singulier : celui d’un militaire formé aux conflictualités classiques, passé par les universités de Lyon, d’Aix-Marseille et de Yaoundé II, désormais confronté à une menace sans uniforme ni frontières visibles.
Le constat est connu mais peu théorisé dans l’espace intellectuel camerounais : le terrorisme ne se limite plus aux zones grises et aux frontières poreuses. Il recrute, finance, endoctrine et coordonne en ligne. L’espace numérique est devenu un champ de bataille à part entière. Sur 303 pages, l’auteur s’attache précisément à cette mutation, en proposant une lecture croisée de la géopolitique, de la sécurité et du droit.
Ni pamphlet sécuritaire, ni récit de terrain, l’ouvrage assume sa nature. Un essai de doctrine. L’auteur y mobilise concepts, cadres juridiques et références institutionnelles pour penser la cybermenace appliquée au contexte camerounais. Le style est clair, méthodique, parfois professoral. Le niveau de langue est soutenu, sans recherche d’effet littéraire : ici la précision prime sur l’emphase.
L’apport principal du livre réside dans sa mise en ordre. Là où le débat sur le cyberterrorisme reste souvent fragmenté, Nkoa Jean-Christophe propose une architecture intellectuelle: définitions, typologies, enjeux pour l’Etat, implications pour la souveraineté numérique. Le Cameroun n’est pas traité comme une exception exotique, mais comme un Etat confronté aux mêmes vulnérabilités que d’autres, avec des contraintes institutionnelles spécifiques.
Cette rigueur a toutefois son revers. L’essai reste très arrimé aux cadres étatiques et normatifs. Le regard est celui de l’institution, rarement bousculé par des contre analyses issues de la société civile, du journalisme d’investigation ou des usages sociaux du numérique. Le lecteur en quête de récits, de cas concrets ou de controverses restera sur sa faim. Mais ce n’est pas l’ambition affichée.
Publié par Connaissances et Savoirs, label universitaire d’édition à compte d’auteur fondé en 2004 au sein du groupe Publibook, l’ouvrage s’inscrit dans une démarche de valorisation des travaux académiques africains, en dehors des circuits éditoriaux classiques.
Cyberspace et terrorisme au Cameroun ne révolutionne pas l’essai politique, mais il occupe une place encore peu investie : celle d’un travail de fond, sérieux, qui tente de doter le débat d’outils conceptuels sur une menace appelée à durer. Un livre de cadrage, plus que de rupture. Et parfois, c’est déjà beaucoup.
Par Nelly Tafam, correspondance particulière