Comment réapprendre à confronter nos idées sans s’entre-déchirer dans un monde fracturé par l’intolérance ? Est-il encore possible d’ériger nos divergences en richesse plutôt qu’en motif de conflit, face à l’unanimisme de façade qui étouffe la pensée libre ?
Daniel Couriol (sur la photo), expert et ancien Directeur du CCFG à Conakry, répond à ces défis cruciaux et nous invite à cultiver, de toute urgence, « l’art du désaccord ».
Lisez !
‘’L’Art du désaccord’’…
J’emprunte cette expression à l’un des plus grands analystes de la société française : Théodore Zeldin, auteur remarquable d’une monumentale Histoire des Passions françaises …
Ce qu’il trouve, à juste titre, que nous avons perdu en France s’applique hélas à l’ensemble des sociétés dans le monde entier.
S’il y a bien un universalisme, c’est depuis quelques années celui du rapport de force érigé en droit, du mensonge, de l’intimidation, de la violence tant verbale que physique, de la peur de l’autre…
La liste est longue.
Chacune, chacun peut compléter à sa guise cet inventaire qui n’a rien de poétique.
Nous sommes très éloignés de cette théorie de Mac Luhan qui pensait que le développement de l’information, de l’informatique, des réseaux, la plus grande mobilité entre les continents allaient créer une sorte de village global, vivant peu ou prou dans une sorte d’harmonie, réagissant avec promptitude à ce qu’il pouvait se passer à des milliers de kilomètres.
Nous savons aujourd’hui que ce pays ‘’En théorie’’ n’existe pas.
Et que les violences auxquelles nous assistons en direct à Gaza, en Ukraine, au Soudan du Sud et dans tant d’autres régions du monde interviennent en donnant à un citoyen normalement constitué le sentiment de son impuissance.
Nous voyons, nous savons, nous condamnons mais quel est le poids de notre indignation, de notre refus d’une telle situation ?
Dans de trop nombreux pays, nous voyons une classe politique liée à des forces économiques et d’information donner le mauvais exemple.
Concentrées sur leur seule image et sur leur longévité, ces personnes avides de pouvoir connaissent les arcanes du système, sont les premières à utiliser ce climat délétère pour mieux conforter leur situation.
Ce constat est accablant d’autant que nombre de femmes et d’hommes de bonne volonté, par lassitude, par peur, par repli sur eux-mêmes doutent qu’un sursaut démocratique soit encore possible.
Ils savent pourtant qu’une démocratie, ce n’est pas que des élections.
C’est un climat général propice à la liberté de penser, de circuler…
C’est aussi la force de débats constructifs où le fait de penser différemment, d’être différent n’est pas un crime en soi mais doit être pensé comme une richesse absolue.
Plus que d’avoir tort ou raison, c’est le fait de vivre ensemble, de construire ensemble, d’avancer ensemble qui prime sur le reste.
Ne désespérons pas !
Mais il faudra beaucoup de travail pour retrouver de l’humain, de la dignité dans cette société qui a trop perdu le goût de l’autre.
Un désaccord n’est pas la fin du monde.
Il est le reflet de notre diversité.
Or imposer à tous un système unique de pensée pourrait être la fin d’une humanité qui faisait dire à Montaigne :
« Pour moi donc, j’aime la vie ! »
Par Daniel Couriol, expert-consultant en développement culturel, ancien Directeur du Centre culturel franco-guinéen, écrivain.