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Le MATD scelle le sort de 40 partis : géants et formations satellites rayés

Sous le sceau d’un assainissement administratif implacable, le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation a porté un coup de massue au paysage politique guinéen en prononçant, vendredi 6 mars 2026, l’arrêt de mort juridique de quarante formations politiques. Cette décision, qui dépasse de loin la simple formalité bureaucratique, s’apparente à une véritable estocade portée au pluralisme qui tentait encore de subsister depuis le coup d’État du 5 septembre 2021 et déclenche par la même occasion un séisme institutionnel dont l’onde de choc renverse tout sur son passage.

Au cœur de cette proscription massive, trois piliers majeurs se voient frappés d’invalidité, à commencer par le Rassemblement du Peuple de Guinée Arc-en-ciel (RPG-AEC), ex-parti au pouvoir sous l’ère Alpha Condé, suivi de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) portée par Cellou Dalein Diallo, par ailleurs Vice-président de l’Internationale libérale, et du Parti du Renouveau et du Progrès (PRP) du jeune leader Rafiou Sow, un trio qui constituait jusqu’alors l’ultime rempart d’une opposition structurée désormais bannie du jeu républicain.

Cette sentence ministérielle ne s’est pas arrêtée aux mastodontes. Elle a englouti dans son sillage des formations historiques et des mouvements émergents, créant un vide politique abyssal où s’effacent des sigles aussi familiers que le Bloc pour l’Alternance en Guinée (BAG), le Parti du Peuple de Guinée (PPG), l’Union pour le Changement de Guinée (UCG) ou encore le Mouvement pour la Solidarité et le Développement Durable (MSDD). L’inflexibilité du ministère a également eu raison du Parti Libéral Démocrate (PLD), du Parti Guinéen pour la Solidarité et le Développement (PGSD), de la Synergie des Guinéens pour le Progrès (SGP), du Rassemblement pour le Développement Intégré de la Guinée (RDIG) et du Rassemblement guinéen pour l’Unité et le progrès (RGUD), tandis que le couperet tombait avec la même froideur sur le Parti pour la Démocratie et le progrès (PDP), le Parti Serviteur du Peuple (PSP), le Parti Nouvelle Vision (PNV), le Parti Guinéen du Peuple (PGP) et le Rassemblement pour la Paix et le Développement (RPD).

L’épuration administrative s’est poursuivie sans concession, frappant tour à tour le Parti du Rassemblement National pour le Développement (PRND), le Parti HAFIA, le Front National pour le Développement (FND), le Parti du Travail et de la Solidarité (PTS) et le Parti des Écologistes guinéens (PEG), ne laissant aucune chance aux courants idéologiques tels que le Parti Socialiste (PS), la Génération Citoyenne (Ge-Ci), les Sociaux-Démocraties de Guinée (SDG), l’Union Nationale pour l’Égalité et le Développement (UNED) ou l’Union pour une Guinée Nouvelle (UGN).

La liste des proscrits s’est encore allongée avec la Génération pour la Réconciliation, l’Union et la Prospérité (GRUP), l’Alliance des Démocrates Indépendants Écologistes de Guinée (ADIEG), l’Alliance Nationale pour le Progrès (ANP), ainsi que Guinée pour la Démocratie et l’Équité (GDE) et Guinée Unie pour le Développement (GUD).

L’aspect le plus saillant de cette mesure demeure sans doute l’effacement de symboles séculaires ayant façonné la République, car des pans entiers de la mémoire politique s’écroulent avec l’interdiction du Parti de la Révolution africaine populaire de Guinée (PRPAG), du Parti de l’Unité et du Progrès (PUP) héritage de feu Lansana Conté , de l’Union des Forces Démocratiques (UFD) et de l’Union des Forces Républicaines (UFR). Pour clore cet inventaire de dissolution, le ministère a scellé le sort du Parti Démocratique de Guinée – Rassemblement Démocratique Africain (PDG-RDA), de l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), de l’Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement (UGDD) et de l’Alliance pour le Renouveau National (ARENA). Une décision qui, tout en se parant d’une rigueur technique, métamorphose à jamais la géographie politique nationale et plonge les leaders comme leurs militants dans une expectative lourde de conséquences pour le présent et l’avenir.

Toujours est-il que, si « la loi est dure, mais c’est la loi », le droit n’en demeure pas moins un rempart dont les leaders déchus peuvent encore se saisir. Malgré la sévérité de cette radiation massive, l’arsenal juridique national ménage aux formations proscrites une ultime lueur d’espoir par la voie du recours pour excès de pouvoir devant la Chambre Administrative de la Cour Suprême.

En invoquant la Charte des partis politiques, laquelle sacralise le droit à la défense et impose une rigoureuse gradation des sanctions, les états-majors peuvent exiger l’annulation de cet acte s’ils parviennent à démontrer que la procédure de mise en demeure a été occultée ou que leurs gages de conformité ont été indûment ignorés par l’autorité de tutelle.

Cette bataille judiciaire, dont les échos pourraient résonner jusqu’aux enceintes de la Cour de justice de la CEDEAO, s’érige désormais comme l’unique levier légal permettant à ces quarante sigles d’arracher leur réintégration et de recouvrer leurs pleins droits dans la perspective du futur ordre constitutionnel.

Pour autant, au-delà de la stratégie juridique, une interrogation fondamentale subsiste car il s’agit de savoir s’il existe, au sein de cette classe politique ébranlée, un leader habité par la volonté farouche de s’engager dans un tel bras de fer procédural. Là réside toute l’énigme d’un dénouement qui se jouera autant dans le secret des cabinets d’avocats que dans l’arène de la volonté politique.

Par Alpha A. Diallo

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