Directeur de rédaction du quotidien « Echos du Nord » et Président de la Section gabonaise de l’UPF (Union de la Presse Francophone), Désiré Enamé a créé et organisé la Conférence Internationale de la Presse Francophone (CIPREF) dont la première édition, consacrée à « l’impact de l’IA sur les médias », a connu un grand succès à Libreville.
Entretien exclusif par notre envoyé spécial à Libreville (Gabon)
Bruno FANUCCHI, pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
APP – Quel bilan tirez-vous de cette première Conférence Internationale de la Presse Francophone (CIPREF), dont vous êtes l’initiateur et qui vient de se dérouler à Libreville du 21 au 25 janvier?
Désiré ENAME – Cette première Conférence fut lancée au départ comme un ballon d’essai, mais il fallait tout faire pour réaliser l’impossible. Ce fut un succès et ce succès incombe d’abord à tous ses participants : plus d’une centaine de journalistes, d’experts et de spécialistes des médias qui nous ont fait l’honneur de répondre à notre appel.
Ce succès est dû à leur contribution, à la qualité de leurs interventions et à leur engagement pour faire en sorte que nous ayons ce nouveau cadre de réflexion fort utile à la défense de notre métier de journaliste confronté à de nouveaux enjeux, comme l’intelligence artificielle.
C’était d’ailleurs le thème de cette première Conférence internationale qui fera date. Puisse cette Conférence contribuer durablement à façonner l’avenir des médias francophones à l’ère de l’intelligence artificielle.
APP – Combien y a-t-il eu de participants et de pays représentés?
Désiré ENAME – Pour être précis, on a eu 104 participants, venus de 25 pays issus en grande partie d’Afrique, essentiellement d’Afrique francophone bien sûr, mais aussi d’autres pays d’Afrique et d’Europe avec des délégations très bien représentées de France et de Roumanie, par exemple.
Ce sont des chiffres auxquels on ne s’attendait pas et je voudrais souligner la qualité de cette participation car plus de cent personnes qui répondent spontanément en quelques semaines seulement, c’est révélateur d’une attente qu’il ne faut pas décevoir. Ce n’est qu’à partir du 10 janvier que les premiers se sont manifestés pour venir à Libreville. Je voudrais également rendre hommage à toutes mes équipes qui ont réalisé en si peu de temps un travail remarquable pour la préparation et l’organisation de la CIPREF.
«De nouveaux enjeux à traiter au jour le jour»
APP – Pour un coup d’essai, ce fut donc un coup de maître et vous souhaitez bien sûr transformer l’essai avec une deuxième édition?
Désiré ENAME – C’est exact. Je veux donc saluer ici la disponibilité de ces professionnels de l’info et spécialistes des médias et leur promptitude à répondre à un appel qui me paraît important pour mettre en place cette nouvelle dynamique dont la Francophonie a besoin. Nous envisageons dès à présent la mise en place d’une biennale avec des conférences tournantes. Il y aura la biennale à Libreville, ici au Gabon, et il y aura dans l’intervalle trois à quatre conférences tournantes.
Les réflexions que nous allons impulser au sein de cette plateforme, ce sont des réflexions attendues et indispensables sur l’avenir de la presse et les grandes questions d’actualité, bien entendu, mais aussi sur les nouveaux enjeux auxquels nous autres journalistes sommes confrontés au quotidien, comme l’Intelligence artificielle. Car ces nouveaux enjeux n’attendent pas et sont à traiter pratiquement au jour le jour. Si l’on peut se réunir une fois tous les six mois, ce sera parfait, mais c’est déjà un beau challenge et un véritable défi à relever
APP – Peut-on dire que la CIPREF, dont vous êtes le Président du Comité d’organisation, constitue aujourd’hui un événement médiatique important pour la relance de la Francophonie?
Désiré ENAME – Absolument. La CIPREF constitue assurément un événement médiatique important pour la relance de la Francophonie et la préservation de notre belle langue commune. C’est incontestable et indéniable. La CIPREF va devenir un pôle sur lequel devront s’appuyer demain les instances internationales de la Francophonie.
Cette Conférence a d’ailleurs été parrainée par le chef de l’État en personne, Son Excellence le général Brice Clotaire Oligui Nguema, qui devait présider la cérémonie d’ouverture, mais qui a dû se faire représenter au tout dernier moment en raison d’un agenda surchargé. C’est donc le tout nouveau ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, qui a finalement ouvert nos travaux.
L’ex-Présidente de la Cour Constitutionnelle, le Dr Marie-Madeleine Mborantsuo, nous a également honoré de sa présence, et celle-ci fut d’autant plus forte et symbolique qu’elle dirige aujourd’hui l’Université internationale Berthe et Jean de Libreville qui accueillait notre Conférence où elle nous a rendu visite.
«La CIPREF a l’ambition de devenir pérenne»
APP – N’est-ce pas aussi un rendez-vous capital pour toute l’Afrique, bien delà du Gabon?
Désiré ENAME – Le Gabon peut être le porteur de cette Conférence, mais il faut bien comprendre que la CIPREF est d’abord un outil dédié à l’univers des médias de l’Afrique francophone et sans doute bien au-delà. La Guinée équatoriale, qui n’est pas un pays spécifiquement francophone puisqu’on y parle espagnol, est par exemple venue dès cette première Conférence. Et le Cap Vert, où l’on parle portugais, y viendra peut-être un jour, comme l’Île Maurice, où l’anglais est aujourd’hui la langue officielle, et bien d’autres.
Son Excellence l’ambassadeur de France, Fabrice Mauriès, l’a bien compris, qui eu l’amabilité de convier tous les participants de cette première édition de la CIPREF à sa Résidence pour un cocktail dînatoire et nous l’en remercions vivement.
En fait, le Gabon n’est que le porteur d’un édifice qui appartient désormais à toute la Francophonie et que nous allons nous employer à faire vivre avec de nombreux projets utiles au renouveau de notre profession comme au développement du pays.
APP – Car le Gabon change vite et connaît visiblement un réel renouveau?
Désiré ENAME – Le fait que le Gabon porte cette Conférence est un atout parce que l’on est ici dans un univers à la fois de renouveau politique, mais également au niveau des infrastructures qui sont en train de se mettre en place. Les journalistes venus à cette Conférence de Libreville ont pu ainsi visiter les grands chantiers en cours comme la Cité de la Démocratie, avec une grande salle de conférence qui va certainement les accueillir pour notre prochaine biennale, ou la Baie des Rois, un chantier gigantesque sur le front de mer qui va transformer la façade maritime de notre capitale.
Tous nos invités et les participants ont bien perçu qu’il y a vraiment quelque chose en train de se dérouler au Gabon et il faudrait que, dans l’espace médiatique, nous ayons aussi cela. Les studios d’Africa numéro 1 ont ainsi été complètement rénovés et la station renaît. Libreville veut accueillir et abriter cette biennale de façon permanente.
APP – La CIPREF a donc l’ambition de devenir pérenne?
Désiré ENAME – Certainement. On a beaucoup à dire et à faire pour l’avenir de la CIPREF qui va devenir pérenne, comme nous en avons pris l’engagement au cours de nos trois jours de travaux, de panels et de débats. Sans parler de l’indispensable réseautage plus nécessaire que jamais dans ce monde de la communication. Mais il faut d’abord mettre en place les instances compétentes. C’est la mission qui a été confiée au président que je suis et je saurai bien m’entourer pour que cela se fasse dans les six mois qui viennent.
Pour l’heure, je reste cependant à la tête de l’UPF Gabon, dont la section vient de prouver son dynamisme avec ce bel événement, car la CIPREF n’a pas vocation à remplacer l’UPF, ce n’est pas l’objectif. Son ambition est de s’ouvrir au plus grand nombre de journalistes pour les aider à mieux appréhender et relever les défis auxquels nous sommes confrontés pour faire face aux nouvelles réalités technologiques et pour défendre la liberté d’expression dans le monde entier et pas seulement en Afrique.
https://www.africapresse.paris/Desire-ENAME-President-de-l-UPF-Gabon-La-Conference-de-Libreville-repond-a-la