Tours, France, samedi 21 février 2026. Devant l’entrée majestueuse de la salle Petrucciani, une marée humaine s’impatiente. Chacun attend son tour pour accéder à l’enceinte sacrée de ce grand événement annuel, devenu en France le rendez-vous incontournable pour briser le fer de l’excision.
Placée sous l’égide prestigieuse de Maire Emmanuel Denis, de son adjointe Houley-matou Ba Tall et du vice-président de la région Centre-Val de Loire, Jean-Patrick Gille, cette cérémonie a rassemblé un aréopage de personnalités venues des confins de l’Hexagone et d’outre-mer. Pourtant, sous les ors étincelants de la République, une atmosphère singulière s’installe. Le faste du décor semble s’effacer, presque vaciller, sous la résonance d’une vérité aussi implacable que nécessaire.
Pour la 4ème année consécutive, Anita Traoré, l’infatigable amazone de l’Association Chance et Protection pour Toutes (ACPPT), mobilise le ban et l’arrière-ban pour crier « Non, mille fois non ! » aux Mutilations Sexuelles Féminines (MSF). Face au choc des chiffres et au poids des larmes, le mot d’ordre reste le même. L’excision doit mourir !
La maîtresse de cérémonie, Toullaye Diallo, assure l’ouverture solennelle en posant les jalons de cette rencontre. Le ton est donné d’entrée de jeu. Anita Traoré ne fait pas dans la dentelle. « 230 millions de femmes touchées, 4 millions de petites filles menacées chaque été », lance-t-elle. Dans l’assistance, le silence est de plomb. C’est une guerre silencieuse qui se joue sous nos yeux.
Le temps d’une journée, Tours est devenue l’épicentre de la lutte contre cette pratique dévastatrice qui mutile et brise les vies. Ce plaidoyer universel part de la Guinée d’Anita Traoré, de ses terres d’origine à Kaporo et Moriah en Guinée, pour résonner bien au-delà des frontières, portant la voix de toutes celles qui souffrent dans leur âme et leur chair.
Le rideau se lève sur Les Conversations du Clitoris, une œuvre saisissante portée par la Compagnie À Corps Commun, sous la direction habitée d’Emma Crews. Un récit sur l’éveil des sens, cette pièce explore avec une justesse bouleversante les nuances du plaisir féminin, l’impératif du consentement et la tragédie des mutilations sexuelles. L’émotion atteint son paroxysme lors de séquences chorégraphiques d’une rare intensité, où le jeu des acteurs, empreint d’un souffle shakespearien, transcende la douleur pour célébrer la vie.












Un commando d’expertes au front
Ici, on ne fait pas de la figuration. On forme, on répare, on sauve. Entre les murs de la salle Petrucciani, les Dr Céline Durfort et Fatoumata Sylla, épaulées par la rigueur scientifique et le glaive juridique de Me Linda Weil-Curiel, déconstruisent méthodiquement le mécanisme de l’horreur.
Témoignages poignants, expertises médicales. Un véritable arsenal de guerre pour armer les consciences. Kadija Camara, dont le courage ferait rougir les plus braves, met des mots sur l’indicible. Une leçon de résilience qui laisse l’auditoire en apnée. Mais la lutte, c’est aussi la célébration de la vie. Entre deux panels de haut vol, le théâtre et la musique reprennent leurs droits pour panser les cœurs et guérir les âmes. Et pour finir en beauté ? Une image qui fait déjà date. Dans la salle des mariages, chrétiens et musulmans, unis par le jeûne et la cause, partagent le même pain dans une communion fraternelle exemplaire.
Ici, dans cette belle cité des sciences par excellence, Anita Traoré est la Marianne de la République dressée contre l’obscurantisme. Elle prouve que la solidarité n’a pas de frontières et que le combat pour l’intégrité physique est le seul qui mérite d’être mené sans relâche. Le message est désormais gravé dans le marbre de l’Hôtel de Ville de Tours.
La peur a changé de camp. Mais le combat continue car, malheureusement, sous tous les cieux, des milliers de filles et de femmes attendent encore d’être arrachées aux griffes des mutilations. Ici, sur les bords de la Loire, on sait que la victoire contre l’obscurantisme ne naît pas de l’isolement, mais de la force du collectif soutenue par la municipalité tourangelle.
Comme le rappelle si bien ce dicton cher au cœur de la Touraine, «un ne peut rien, mais tous peuvent tout». En ce mois de février, Tours a prouvé que face à l’horreur de l’excision, l’union n’est plus un vain mot, mais une arme de libération massive.
Par Tidiane Diallo,
envoyé spécial à Tours