Voici Lettres Vagabondes Fatou-Mata (LVFM). A l’état civil, elle s’appelle Fatoumata Kouyaté. Dans le monde des arts et de la culture, elle se choisit le sobriquet LVFM. Une pionnière au sein de la diaspora guinéenne et africaine de l’Europe. LVFM est sollicitée pour son talent de peintre, son intellectualité, sa passion pour les langues, ses séances de débat et son éloquence pour être maîtresse de conférences. Cette jeune dame membre de la diaspora guinéenne de l’hexagone impose le respect et la considération à travers son éloquence et sa vocation. La peinture et l’écriture font partie de son univers professionnel qu’elle partage aussi sur les réseaux sociaux. LFVM est une lady dont la Guinée a tant besoin pour développer les arts et les lettres. Le Populaire est allé à sa rencontre pour vous.
Le Populaire : Vous vous illustrez à travers vos tableaux peints artistiquement que vous partagez avec de nombreux internautes. C’est la vocation première qui vous anime ?
Fatoumata Kouyaté alias Lettres Vagabondes Fatou-Mata: Ma vocation première est de faire qui me passionne, ensuite de le partager avec ma famille. J’ai toujours été un peu éloignée géographiquement des miens et j’aime leur donner de mes nouvelles et de quoi avoir espoir ou être fiers. Internet est un exutoire pour moi qui ai toujours eu tant à exprimer, artistiquement ou même en tant que citoyenne guinéenne. Et puis avec le temps, j’ai tissé des liens et créé une communauté extrêmement bienveillante avec laquelle je partage mes aventures, mes succès et mes échecs, les jours meilleurs, ceux moins biens. Je me prends très peu au sérieux sur les réseaux sociaux, mais j’essaie d’être d’une grande finesse en restant accessible à tous. La nécessité de démocratiser l’art pour cette même cible s’est imposée. Il a par conséquent fallu que je structure davantage mes sorties et mon contenu à la fois instructifs, sujets à débats, créatifs
Récemment, vous avez présenté un compte Instagram dédié à vos œuvres artistiques pour mieux vulgariser vos tableaux. Est-ce là ce qui prouve votre passion ferrique pour la culture et pour la peinture en l’occurrence ?
Nous avons pensé la nouvelle page Instagram pour mieux valoriser nos œuvres. Le monde de l’art contemporain est d’abord un monde du visuel et Instagram est une bonne tribune pour ce dessein. Puis, nous voulons permettre à nos cibles de mieux se projeter avec les tableaux chez eux, rêver un peu et y voir de l’utilité esthétique. Une œuvre donne du cachet à tout décor. Comme je l’ai évoqué plus haut, notre Greed Instagram participe à nos ambitions de décomplexer l’accès à l’art Guinéen contemporain. Et disposée ainsi, l’œuvre permet une nouvelle expérience visuelle qui fait plus vite adhérer l’amateur ou le nouvel amateur. Bien sûr, nous n’écartons pas la valeur conceptuelle de notre travail et l’engagement culturel et de durabilité qui font son socle.
Jusqu’où et à combien de fois peindre vous apporte et vous apaise ?
Peindre est une forme d’expression de soi, du monde, de la critique qu’on se porte et celle qu’on porte au monde. C’est surtout une aventure particulière, spéciale, teintée de mystique ou quelque chose qui ressemble à cela. Mon processus est très particulier. Et au sortir de ce sentier créatif, je me sens très bien, utile, libérée et j’ai le sentiment d’avoir répondu à un appel; peut-être de mon « Moi » intérieur. Cela pourrait sonner bizarre pour les lecteurs, mais c’est littéralement comme cela que je le vis à chaque fois.
Pourquoi cette protéiforme de noms et de mots composés des ‘‘Lettres Vagabondes’’ et la dissociation de votre prénom ‘‘Fatou – Mata’’ ?
Les « Lettres Vagabondes », c’est parce que je parle et écris beaucoup et à propos de plein de choses. Mais on peut également y entendre « L’être Vagabonde », plus lié aux tableaux, qui traduit l’itinérance, la quête, la recherche de soi, de sciences etc., dans ma démarche artistique. L’expression est venue avec mon ami un jour et j’ai trouvé que cela me décrivait assez bien. C’est resté. La composition de mon prénom révèle mon petit côté fantasque. Ma famille m’appelle « Mata » ; mes amis, « Fatou ».
Les canaux sociaux sont aussi vos hobbies privilégiés. C’est la femme typique du 21ème siècle que vous voulez incarner?
Les canaux sociaux sont un moyen comme un autre, mais ils permettent plus de libertés dans le management de sa carrière et de son contenu par une communication qui allie personnel et professionnel, surtout pour les personnes privées. Je suis une femme de mon temps, c’est réel. Tout de même, je suis consciente que le monde de l’art, complexe, élitiste, de réseau, nécessite beaucoup plus. Les espaces physiques comme les galeries et les expositions, les événements de niche sont des lieux à investir. Je suis en train de trouver ma formule ; je suis une autodidacte dans les beaux-arts. J’ai la chance, jusque-là, de créer mon propre couloir de l’art avec mes propres codes, mes mots clés et ma propre cible. L’écosystème de l’art est vaste et profond.
A quoi peut-on s’attendre comme perspectives nouvelles chez les Lettres Vagabondes Fatou-Mata ?
De belles choses j’espère. La fin d’année est plutôt bien fournie en termes d’événements majeures comme notre affiche pour une OFF de la Biennale des arts contemporains de Dakar dans une exposition collective réunissant de grands artistes africains, connus dans le monde de l’art contemporain général comme l’ivoirien Pascal Konan ; la malgache Tara Shakti. La Biennale s’est tenue tout le mois de Novembre à Dakar mais aussi ailleurs au Sénégal. S’y positionner c’est saisir l’énorme chance et l’opportunité de valoriser son passeport artistique et assurer les prémices d’un sacre. Plus loin, nous travaillons d’autres expositions et la concrétisation de nos projets culturels (Demba Diala, Syli, le mythe, notre livre-galerie antropo-esthétique sur les minorités ethniques…).
Les réseaux sociaux ont beaucoup contribué à promouvoir vos messages. Que signifie écrire par ces temps du tout numérique pour vous ?
Écrire est vital pour moi. J’écoute la petite voix insistante dans ma tête qui me demande de narrer, retranscrire. Écrire permet un retrait qualitatif, permet de se déconnecter de la dictature de l’image inutile, toxique, abrutissante et véhiculant des mauvaises nouvelles. Il permet aussi de garder un certain équilibre, la juste mesure du monde. Quand j’ai fini de publier mes textes sur mon espace digital, je me sens libérée. Écrire est toujours un moment de qualité qu’on partage avec soi-même. J’encourage les gens à s’explorer et à se raconter.
Et pour conclure, dites-nous, que représente pour vous la célébration de la journée de la femme africaine ?
L’Afrique est le continent de la résilience par excellence. Les femmes participent à son équilibre, sa stabilité, sa prospérité à tous les niveaux, tous les secteurs, formels ou informels. Célébrer la journée de la femme africaine, c’est célébrer sa résilience, sa force d’acier. C’est aussi reconnaître et visibiliser son apport inestimable. Un domaine dans lequel les femmes sont invisibilisées est celui des beaux-arts, particulièrement en Afrique. C’est un monde qui est déserté par les médias. De ce fait, les femmes peinent à mettre en lumière leurs potentiels créatifs et conceptuels. Il est important de montrer la diversité des écosystèmes auxquels les femmes prennent activement part sans discrimination. Je suis aussi consciente qu’il faut des moyens, plus que de simples visions politiques, pour investir ces lieux. La femme est une poésie, un autel, un engagement, une beauté, une main d’œuvre, un ventre, un dos. On ne se lassera jamais de la célébrer.
Entrevue réalisée
par Tidiane Diallo