Rachid Ndiaye n’est plus : La fatale crise de l’exil (Par Abdoulaye Condé)

Au début des années 1990, l’effervescence démocratique secoue l’Afrique dont la Guinée où le Président Lansana Conté, dans son adresse du 02 octobre 1989 à l’occasion du 31ème anniversaire de l’indépendance nationale, promet le bipartisme. Parallèlement, des voix et des plumes soutenant cette nouvelle dynamique se font remarquer sur les radios et journaux internationaux.

Parmi elles, Rachid Ndiaye, un natif de Boke. Si, en ces années 90 notamment à partir de 1992 avec la légalisation des partis politiques et l’autorisation des entreprises privées de presse, des noms comme Souleymane Diallo qui nous a quitté lundi 1er juin 2026, Ousmane Tity Faye, feu Sankarella Diallo, feu William Sassine, feu Biram Sacko, feu Aboubacar Condé, Moussa Cisse, feu Assan Abraham Keita, feu Hassan Diallo, feu Mamadou Saliou Diallo, feu Thiernodjo Diallo Bebel, feu Albassirou Diallo, feu Prosper Doré, feu Sékou Amadou Condé, Abdoulaye Top Sylla, Thierno Sadou Bah, Thierno Saïdou Diakite, Mamadou Aliou Barry, Daouda Tamsir Niane, Tibou Kamara, Sanou Kerfalla Cisse, feu Abdoulaye Sankara, Aboubacar Sakho, Ibrahima Sory Diallo et d’autres donnent échos aux activités des formations politiques et leaders naissants, le natif de Boke, depuis la capitale française, se fait lire dans les colonnes d’Africa International de la Franc- Camerounaise, Marie Roger Biloa et se faire avec d’autres Guinéens ( Nabbie Ibrahim Baby Soumah, Aboubacar Fofana etc.) entendre dans des émissions politiques de RFI, France 24.

Solide dans l’argumentaire, il n’est pas tendre avec le régime du Général Lansana Conté. Cependant, son habileté et son professionnalisme cachent mal sa proximité avec le leader du RPG, Alpha Condé. En choisissant de se mettre au service de la cause politique du futur Président, Rachid Ndiaye se condamne à l’exil.

Au retour d’un long voyage d’études au Japon en 2005 et la couverture de la présidentielle Américaine du mois de novembre de l’année précédente, je marque une escale amicale chez mon ami, Abass Pablo Bangoura Di Dönkhè à Bruxelles et une visite familiale chez mon frère Aboubacar Sakho à Bergen Op Zoom ( Pays-Bas), avant de poser mes valises chez Ibrahima Kapi Camara à Paris Couronne. À la faveur d’une des virées nocturnes qui agrementaient mon séjour, le gentleman Parisien marque un arrêt à Père Lachaise chez son « Ndékhö » que je voyais pour la première fois.

Après les présentations, j’essaie de prendre les nouvelles de l’historique opposant auprès de Rachid Ndiaye. Sans attendre ni me répondre, il s’empare, avec un lumineux enthousiasme, de son fixe et compose :

– Allo, bonsoir Président. Sous forme de plaisanterie joyeuse, il enchaîne,  » je suis avec un Condé, je ne sais pas entre vous qui est le bon » avant de me tendre le combiné
– Bonsoir Monsieur le Président
– C’est qui ?, demande Alpha Condé
– Abdoulaye Condé
– Pourquoi tu m’appelles
– C’est Rachid qui vous a appelé, pas moi
– Tu m’attaques, tu parles de l’or de Fatou, bonne arrivée. Tu vas bien ?
– Merci Monsieur le Président, ça va DIEU MERCI

– Passes moi Rachid. Fin

Notre hôte qui ignorait la nature de mes rapports avec le leader du RPG et qui semblait trembloter en suivant impuissant cet échange surréaliste auquel il s’attendait point, a dû se faire sermonner par Alpha Condé avant de raccrocher. Le fondateur de Kibarou.com, qui croyait rêver, a simplement donné « aurevoir  » et nous avons quitté Rachid Ndiaye avec l’espoir que cette situation ne l’affectera pas davantage.

Effectivement, malgré son militantisme et la peur que suscite chez ses proches l’ancien Président de la FEANF, nous avons, Rachid et moi, gardé le contact. Quand, il a voulu lancer le Magazine « MATALANA », en 2006, il m’invite à Dakar et me propose d’en être le représentant en Afrique de l’ouest. Cette collaboration a été une entreprise particulièrement fructueuse. De 2006 à 2010, année de son retour en Guinée, nous nous rencontrions chaque mois à Dakar ou à Paris pour faire le point de la situation rédactionnelle et financière du Magazine.

La très élevée fréquence de nos rencontres dans la capitale Sénégalaise avait fait de nous des privilégiés du « Café de Rome  » où nous descendions. Le 22 décembre 2008, jour du décès du Président Lansana Conté, nous avons passé toute la journée ensemble dans cet établissement hôtelier avant mon retour dans la nuit tardive à Conakry et voir le Président de l’assemblée nationale, Aboubacar Somparé annoncer la triste nouvelle sur le petit écran.

En 2009, il propose, à travers moi, un Livre sur le Président Moussa Dadis Camara que ce dernier accepte en l’invitant à Conakry. Mais, la junte ne rassure pas Rachid Ndiaye, il ne viendra pas. À la faveur d’une série de conférences, de table ronde notamment celle initiée par les anciens ambassadeurs Français en Guinée sous la houlette d’Andrée Lewin au Quais Branly, le Président Moussa Dadis Camara me dépêche à Paris.

En marge de ces événements, je présente le ministre Kiridi Bangoura à Rachid Ndiaye qui loue les qualités de l’ancien ministre du Général Lansana Conté contrariant son ami, Nabbie Ibrahim Baby Soumah dubitatif.

En 2010, quand l’ancien ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation décide de rejoindre Alpha Condé dans le lot des potentiels présidentiables, c’est à Rachid Ndiaye que je transmets l’offre avec le numéro portable de Kiridi Bangoura.

La proposition enchante Alpha Condé. Depuis Paris, le futur Président de la République avec un de ses futurs ministres de la Communication, appelle son futur ministre secrétaire général et lui propose d’être le directeur adjoint de campagne, Mme Makalé Traoré étant déjà désignée Directrice.

Rachid Ndiaye rentre au pays et participe également à la campagne victorieuse. Mais, les premiers jours et mois de retour, après un exil de plus 30 ans, ne sont pas faciles pour lui. Il bénéficie de la bienveillance de certains amis et frères tels son ami Yaya Kabassan Keïta, les anciens ministres Boubacar Sow Sow, Mamoudou Condé ou l’ancien vice-gouverneur de la BCRG, Aboubacar Kagbè Touré, la PDG Allo Guinée, Mme Chantal Colle, l’entrepreneur et homme d’affaires Moussa Sow ou Djoulde Tane Diallo, les directeurs généraux du Port Autonome, Baby k Kabassan, Mamadouba Sankhon, le PDG de Guinée Games, Mamadou Antonio Souaré.

Après la victoire du Président Alpha Condé, il sera nommé dans plusieurs hautes fonctions de responsabilité notamment de ministre de la Communication. Le ménage avec son mentor n’a pas toujours été facile. En route pour Menilmontant chez mon ami et frère Mamadou Saliou Pele Camara, lors d’un passage à Paris en 2013, ma surprise est grande de croiser Rachid Ndiaye quelque peu stressé au carrefour Père Lachaise. Tout heureux de me revoir, il m’invite à son appartement à quelques mètres de la où il me raconta ses difficultés professionnelles et ses ennuis avec le Président Alpha Condé l’obligeant à prendre ses distances et se retirer à Paris. Une forme de démission.

Il revient quelques temps après cette disgrâce suite à la méditation de certains amis du Président Alpha Condé dont Albert Bourgi probablement. Parallèlement à toutes les fonctions qu’il a occupées, il a continué à animer MATALANA avec la collaboration de Aboubacar Sakho qui était là depuis le début, Abdoulaye Sankara Abou Maco ou Amara Naby Camara.

Dans la nuit du 04 septembre 2021, dernier jour du pouvoir qui l’a ramené en Guinée, il quitte Conakry, avec un Décret du Président Alpha Condé le nommant représentant de la Guinée à l’UNESCO, pour Paris où il arrive le 05 septembre 2021, premier jour d’un nouvel exil, malheureusement, sans retour finalement avec ce décès survenu ce mercredi 03 juin 2026 suite à une fatale crise cardiaque elle-même conséquence d’une accumulation de stress et de désespérance.

L’histoire retiendra Rachid Ndiaye comme une grande figure de la presse Guinéenne et internationale.

VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR, t’accepter dans son éternel Paradis. Amen

Par Abdoulaye Condé

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